1-1 Une saison 2005 "la Différence" Un projet sur l'altérité
L'association LECTURES&LECTEURS qui se donne comme priorité la lecture, à voix haute, de textes d'auteurs contemporains, par des comédiens professionnels, des metteurs en scène, et les auteurs eux-mêmes, va proposer cette année la lecture de textes de théâtre autour du thème de la Différence: l'altérité dans l'écriture contemporaine de théâtre.
Aspects du théâtre contemporain IV
7 TEMPS FORTS 12 textes, 18 séances de lectures sur
le département du Lot en 2005
février 2005
: "Le square" de Maguerite DURAS
avril 2005 : " La révolte des anges " d'Enzo
CORMAN
mai 2005 : " Charcuterie Fine " de TILLY
juin 2005 : " Onysos le Furieux " de Laurent GAUDE
aout 2005 : " L'année des treize lunes"
de FASSBINDER
- Texte des auteurs (écriture autour de l'illetrisme)
de 2 ou 3 auteurs <
lien avec le projet>
- " C33 " de Robert BADINTER
- " La controverse de Valadolid " de JC CARRIERE
octobre 2005 : " H Manifeste" de Christophe d'HALLIVILLEE
et Franck LAROZE
décembre 2005 : " Oblomov " d'Ivan GONTCHAROV
Ces moments permettront au public d'adhérer à la création
contemporaine, soit par l'écriture, le jeu de l'acteur ou la mise en
synergie du texte et d'autres arts : vidéo, musique, photo
etc.
LECTURES&LECTEURS fabrique les ponts entre public et auteurs et metteurs
en scène et comédiens.
1-2 Lectures dans les villages du Lot
Les lectures dans les villages et villes moyennes des deux départements
est la partie la plus importante de l'activité. Elle permet tout au long
de l'année d'entretenir la passion du public pour ces moments et de diffuser
largement les informations sur l'activité en renouvelant le nombre de
spectateur de façon sensible.
Par le biais des voyages et par l'itinérance des moments de lecture,
ce sont 13 villages et villes qui seront visitées.
Sur place avec l'aide des associations, des institutions culturelles et des
élus, LECTURES&LECTEURS installe un tissus relationnel qui permet
la pérennité de l'action et son renouvellement. ( ex : Prendeignes,
Lamothe Cassel, Cajarc,
.)
1-3 Une Journée dans les Villages d'Olt été 2005 (vallée
du Lot )
Pour sa 5ème édition, la journée particulière de
lecture sera consacrée à la Différence (l'autre, l'étranger,
le différent).
LECTURES&LECTEURS, proposera cette année la lecture sur un seul site
(Saint Pierre Toirac) de 7 textes différents avec la complicité
de 5 comédiens qui répéteront dans les jours précédents
le 13 août et feront les générales dans des villages voisins
chez des particuliers et adhérents de l'association. (Carayac, Balaguier
d'Olt, Gréalou, Cajarc, Foissac
) Le dynamisme des adhérents
de l'association et de ses partenaires, permet d'envisager ces répétitions
dans des lieux extérieurs ou intérieurs aux villages.
Le 13 août sera lui entièrement réalisé à
Saint Pierre Toirac renouant ainsi avec l'activité du 13 août 2001
1-4 Un projet d'écriture
Le projet 2005 s'il se réalise permettra à 2 ou trois auteurs
l'écriture de textes courts sur l'illettrisme.
Le projets consistera en la commande d'une écriture de 2 ou 3 textes
sur la notion de différence d'accès à la vie de la société.
Ce projet pourra se faire en collaboration avec les associations qui sont impliquées
dans cette démarche de lutte contre une différence sourde et particulièrement
présente sur nos territoires. Différences par rapport aux origines
sociales ou géographiques des acteurs, mais aussi situations et comportements
propres à la différence d'accès à la connaissance
et au savoir.
2 Les TEXTES
Si on me demande comment j'ai écrit Le Square, je crois bien que c'est
en écoutant les gens dans les squares de Paris. Elle, elle se trouve
là tous les après-midi, seule la plupart du temps, vacante, en
fonction précisément. Lui, se trouve également là,
seul, lui aussi la plupart du temps dans l'hébétude apparente
d'un pur repos. Elle, elle surveille les enfants d'une autre. Lui est à
peine un voyageur de commerce qui vend sur les marchés de ces petits
objets qu'on oublie si souvent d'acheter. Ils sont tous les deux à regarder
se faire et se défaire le temps.
Marguerite Duras in L'Express, le 14 septembre 1956
Ce texte est surtout le symptôme d'une société où
deux êtres font une rencontre dans un jardin public et où leurs
différences s'inscrivent dans des normalités antagonistes. L'une
aide ménagère conseille à l'autre d'arrêter son métier
pour vivre mieux et "normalement ". L"autre colporteur ou vendeur
de babioles idéalise son passé et trouve qu'il a de la chance
d'être aussi normal aussi intégré à sa désintégration
C'est
un texte qui a été monté par Antoine Vitez, mais surtout
repris de façon magnifique par Didier Bezace et créé à
Perpignan en 2003 (non joué pour cause de d'arrêt de travail des
artistes et techniceins) Ce texte sera joué à Toulouse en tournée
du 12 au 16 avril 2005 au TNT.
La révolte des anges d'Enzo Corman
Bernard-Marie Koltès est né le 9 avril 1948 à Metz, dans une famille catholique pratiquante - son père était officier de carrière. Cet écrivain, dramaturge et romancier, que Patrice Chéreau qualifia de " desesperado joyeux", est mort du sida, à Paris, le 15 avril 1989, à l'âge de 40 ans.
Jean-Michel Basquiat est né le 22 décembre 1960 à Brooklyn,
New York, d'une mère d'origine portoricaine et d'un père d'origine
haïtienne, dans une famille de la middle class américaine. Ce graffiteur
devenu en quelques années l'un des peintres les plus cotés de
la planète, complice d'Andy Warhol, que René Ricard nommait "
l'enfant radiant ", est mort le 12 août 1988, dans son loft, à
New York, d'une overdose d'héroïne, à l'âge de 27 ans.
Chet Baker est né le 23 décembre 1929, à Yale, petite ville
de fermiers de l'Oklahoma, deux mois après le krach boursier de Wall
Street. Ce trompettiste et chanteur, " prince de la délicatesse
et de la fêlure " (la formule est de Gérard Rouy), qui sillonnait
le monde de concerts en studios, sans foyer ni compte en banque, fut retrouvé
mort le vendredi 13 mai 1988, dans une petite rue d'Amsterdam, derrière
le Prinz Hendrik Hotel, tombé de la fenêtre de sa chambre, située
au deuxième étage. Il était âgé de 59 ans.
"Mon respect pour ces trois-là, et l'amour que je porte à
leurs uvres respectives, m'ont conduit à représenter leur
rencontre post-mortem dans les limbes muséales de l'adulation générale.
Le titre d'un dessin d'Antonin Artaud (" La Révolte des anges sortis
des limbes "), représentant trois cercueils ouverts et habités,
outre qu'il m'a fourni le titre du poème dramatique, a grandement nourri
les songeries qui présidèrent à sa composition.
" Nul n'est en soi, hormis les anges ", note malicieusement Bernard
Noël dans La Chute des Temps, invite implicite faite au dramaturge à
s'exprimer en autrui, puisqu'il n'est pas réellement l'autre - pas plus
qu'irréellement un ange - mais le parleur des muets et des morts, rêveur
d'hypothétiques " en-soi ", adoptant tour à tour, et
devant tous, le point de vue singulier de chacun.
" Comme c'est étrange, fait dire Virginia Woolf à l'un de
ses personnages, la façon dont les morts se jettent sur nous au coin
des rues, ou dans les rêves ! " à tout bout de champ. Les
morts ne nous accompagnent pas tant qu'ils nous habitent. Nous cherchons un
mot, nous trouvons un visage. Nous nous interrogeons, une uvre nous répond.
Les morts nous parlent, non qu'ils s'adressent à nous, mais ils se disent
en nous, ils ne laissent aucun vide, ils ne nous manquent pas : nous en sommes
envahis.
Je n'ai jamais pu me déprendre de l'idée que le théâtre
n'est au fond qu'une entreprise de publication de ces voix mortes dont tout
un chacun est criblé. La fascination de nombre d'écrivains - même
rigoureusement athées - pour les anges, me semble l'expression d'une
reconnaissance de ces voix plus intériorisées qu'intérieures,
de ce capharnaüm de voix qui compose pour une part la subjectivité
de l'écrivain. Nul n'écrit sans doute sous la dictée, mais
chaque phrase écrite éveille un mort, et la phrase suivante est
déjà comme une prise de notes sur la figure qui la hante. L'écrivain
peut aussi décider de nommer, d'oser l'explicite. Et de convoquer les
morts à une manière de colloque, de se poser en régulateur
d'un débat d'outre-tombe, de distribuer ses voix, d'ordonner le chahut
angélique.
Enzo Cormann
Ce texte devait être lu pendant la saison 2004, à Villefranche de Rouergue et en avant propos d'un débat sur la Culture. Il sera joué au Théâtre National de la Colline, à partir de Novembre 2004, et mis en scène par l'auteur. Le choix se situe ici dans une démarche qui rend l'altérité complice entre les êtres qui revendiquent par leur art leur différence. Cette différence était si forte que les paradis artificiels n'ont pas suffit à leur faire supporter la norme .
Charcuterie Fine de François TILLY
Ce texte très court a été monté il y a une vingtaine
d'année par l'auteur lui même. Il fut repris par Patrick Pelloquet
il y a 12 ans au Théâtre Régional des Pays de Loire, puis
par l'Auteur en 1994 au Théâtre National de la Colline.
Un univers d'arrière boutique d'une charcuterie de Bretagne où
vit une famille tendue au travail. Seul le fils un peu loubard et très
en révolte, ne suit pas la norme. Un soir qu'il rentre tard comme à
son habitud , il fouille dans le frigo pour boire ou manger. Son père
l'abat d'un coup de fusil
.
Cette pièce est sorti d'un fait divers réel et transposée
par Tilly.
Cet auteur de talent vient de mettre en scène une pièce de Feydeau
à Paris .
Onysos le Furieux de Laurent GAUDE
Le jeune dramaturge s'étonne encore de l'impact de sa propre écriture.
Son théâtre de déchaînement des forces dégage
une énergie à réveiller les morts et convoque sur scène
les mythes fondateurs. Premier entretien d'un jeune dramaturge.
Onysos le furieux édité en tapuscrit par Théâtre
Ouvert en 1997 s'est imposé comme une fulgurance. Six chants d'un personnage
inspiré de Dionysos, dieu grec du vin et de l'art dramatique, proche
des gueux de tous les âges, entre l'antiquité et le New York d'aujourd'hui.
À l'époque l'auteur, Laurent Gaudé, a tout juste 25 ans.
Sa pièce est une vraie belle surprise. Dans la foulée, Théâtre
Ouvert publie un nouveau tapuscrit Pluie de Cendres.
Le plaisir est moins fort. Deux ans plus tard, Actes Sud-Papiers édite
Combats de possédés. De nouveau, la langue est là, puissante.
Quel est ce jeune écrivain qui bouscule le théâtre avec
une telle énergie d'écrire? Le rendez-vous est pris. Laurent Gaudé
l'a fixé au Select à Montparnasse. Commence l'attente, peuplée
d'imaginaire. Tout est objet à supposition. Pourquoi le Select? Est-ce
parce que comme l'annonce la carte du bistrot, Henry Miller ou Ernest Hemingway
ont fréquenté ce café? Quelques doutes aussi, pourquoi
vouloir percer le mystère? Ne vaut-il pas mieux cheminer intimement avec
ces textes, en leur laissant leurs zones d'ombre? Puis Laurent Gaudé
arrive. Avec une belle simplicité. C'est son premier interview. Il n'est
pas rodé à l'exercice, souvent il s'excuse presque de ne pas donner
de réponse toute faite. Il a peur de tomber dans l'explication de texte.
Il parle de paliers à franchir. Tout un discours sur l'apprentissage
du métier d'écrivain, sans aucune fausse modestie. Juste parce
qu'il est en travail, patient et passionné. Le garçon de café
le blague dès son arrivée. Visiblement, Laurent Gaudé est
un habitué du lieu. C'est là qu'il vient souvent écrire,
quand il en a marre de son petit studio. C'est là qu'il a rédigé
en dix jours Onysos le furieux. Ah bon, parce que ce texte a été
écrit en dix jours? Il va bien falloir débuter l'interview...
Avec Onysos, on a l'impression d'assister à une manière de se
réinventer l'endroit du théâtre.
C'est très bizarre, cette question m'a déjà été
posée et m'avait, à l'époque, très étonné.
Bien sûr, j'ai choisi la figure de Dionysos parce que c'est un personnage
tutélaire du théâtre. Après, j'ai tout oublié.
Je n'ai même pas écrit le texte pour le théâtre. C'est
plutôt à mon sens un récit poétique. Bien sûr,
il y avait pendant la rédaction d'Onysos, quelque chose de l'oralité.
J'entendais cette voix dire les mots. Je l'ai peut-être écrit pour
ça, pour l'entendre lire. Mais je ne voyais personne sur un plateau.
J'ai été très étonné quand Théâtre
Ouvert m'a proposé une publication chez eux. Une mise en scène
de Yannis Kokkos est prévue en juin 2000 à Strasbourg, j'en suis
extrêmement curieux.
Que raconte le mythe pour vous aujourd'hui?
Je suis persuadé que c'est ce vers quoi je veux aller mais je ne sais
pas encore très bien pourquoi. Par exemple, je trouve superbe la pièce
de Koltès, Roberto Zucco. C'est un mythe d'aujourd'hui, avec une figure
forte. Ce que je recherche dans ces figures-là, c'est une concentration
de sentiments, d'énergie, de dits, qui ne soit pas réaliste, qui
donne une dimension épique. Ce resserrement sur une seule figure humaine,
c'est énorme, en même temps ça procure un sentiment de jouissance
chez le spectateur ou le lecteur, c'est généreux.
Le thème du guerrier, de celui qui combat et qui perd le plus souvent,
revient en permanence dans vos pièces.
C'est comme pour les mythes, cette question est centrale, mais tellement centrale
que si je savais précisément pourquoi j'écris sur ça,
je passerais à autre chose. Je peux vous donner des raisons de "cuisine"
sur la violence inouïe et déguisée de la société
d'aujourd'hui, mais ce ne sont pas les raisons essentielles.
Vous donnez l'impression d'être un écrivain tout "neuf"!
Au stade où j'en suis, je n'ai pas très envie d'avoir une démarche
de réflexion analytique ou universitaire sur mes textes, de les décortiquer,
j'ai peur de gommer mon énergie. Ce n'est pas que je ne sache pas de
quoi je parle ou que j'en laisse la responsabilité au lecteur, ce serait
une facilité. Je ne peux pas vous dire pourquoi j'ai choisi de parler
du combat, en revanche j'espère être en mesure de pouvoir justifier
chacun des mots écrits.
Votre écriture déborde d'énergie, d'une énergie
parfois violente.
J'ai été très surpris par les réactions après
la lecture publique d'Onysos. Dans le meilleur des cas on me disait c'est très
beau, mais qu'est ce que c'est violent. Ça paraît bête à
dire, vous devez penser : comment n'a-t-il pas imaginé que son texte
était violent? Bien sûr, je le savais, en même temps, ce
retour m'a troublé.
Pour l'instant, je ne suis pas intéressé par reproduire la vie
en petit. J'explore la sauvagerie, la barbarie. Ce pourrait être n'importe
quelle forme d'outrance. J'imagine tout à fait que cette outrance pourrait
prendre dans quelques années une forme plus douce, moins tragique, plus
apaisée, comme celle des films de Fellini par exemple.
Votre univers est masculin, très viril. Dans votre oeuvre, les femmes
ont des places importantes, mais toujours à l'écart. Pourquoi?
Elles sont à l'écart, mais l'essence des pièces est plus
de leur côté à elles. Dans Combat de possédés,
j'ai pensé en premier à la pute. Et même si en terme de
tirades ou d'économie de texte, elle n'a pas le rôle principal,
pour moi, son parcours est le plus essentiel. C'est pourquoi je tenais à
ce qu'elle ait le dernier mot, c'est la seule qui arrive à faire quelque
chose d'humain.
Et puis c'est plus facile d'écrire sur ce qu'on connaît mieux.
J'ai un frère, je n'ai pas de soeur. C'est une autre planète les
femmes!
Vous semblez très modeste au regard de ce que vous avez déjà
écrit.
Au début, il faut apprendre. Je crois beaucoup dans l'écriture
à un fonctionnement par palier successif. Le grand rôle féminin
dont je rêve sera un nouveau palier. L'écriture comme un jaillissement
est un mensonge romantique. J'ai une relation de travail avec quelques personnes
comme Hubert Gignoux (un des pionniers de la décentralisation théâtrale,
ndlr) qui lisent mes pièces. Je suis très rapidement noyé
par ma propre écriture. Je dois laisser reposer longtemps mes textes.
Autrement je n'arrive plus à voir ce qui s'impose vraiment. Il n'y a
qu'Onysos qui se soit passé différemment. Je n'aime pas trop me
relire, j'ai toujours des tas de projets en tête et des tiroirs pleins
de textes... en attente de relecture. J'ai le travers de toujours vouloir commencer
quelque chose de nouveau.
Onysos le furieux
Actes Sud-Papiers*
Si Onysos le furieux montre pas une différence notoire c'est qu'il est
un dictateur vengeur fou et poétique. Onysos est un être qui n'aurait
jamais du voir le jour et qui malgré son tragique destin vit par miracle
et par sortilège. Sa soif de vengeance et son indéfectible rectitude
le rende violent et passionné.
Cette pièce a été joué au Théâtre National
de Strasbourg en 1999. Onysos marque une profonde différence, tout d'abord
d'écriture puis de caractère. Tragédie moderne ou moderne
tragédie cette pièce est le reflet d'un serment hors du commun.
" L'année des treize lunes" de FASSBINDER
In einem Jahr mit 13 Monden. 1978
Ein Film über die Begegnung eines Menschen während der letzten fünf
Tage seines Lebens. Auf der verzweifelten Suche nach Liebe und Zärtlichkeit
gelangt er schließlich zu der Entscheidung, dem letzten dieser Tage keinen
weiteren folgen zu lassen.
Regie, B, K, Sch, A: Rainer Werner Fassbinder. - K-Ass: Werner Lüring.
- Ton und Beleuchtung: Karl Scheydt, Wolfgang Mund. - M: Peer Raben; Songs:
"Frankie Teardrop" von Suicide, "A Song for Europe" von
Roxy Music. - Bühne: Franz Vacek. - Weitere Mitarbeiter: Milan Bor, Walter
Bockmayer, Jo Braun, Juliane Lorenz, Volker Spengler, Alexander Witt. - D: Volker
Spengler (Elvira Weishaupt), Ingrid Caven (die rote Zora), Gottfried John (Anton
Seitz), Elisabeth Trissenaar (Irene), Eva Mattes (Marie-Ann), Günther Kaufmann
(Chauffeur), Liselotte Pempeit (Schwester Gudrun), Isolde Barth (Sybille), Karl
Scheydt (Hacker), Walter Bockmayer (Seelenfrieda), Peter Kollek (Säufer),
Bob Dorsay (Stadtstreicher), Günther Holzapfel (Angestellter), Ursula Lillig
(Putzfrau) sowie Gerhard Zwerenz (Burghard Hauer, Schriftsteller). - P: Tango-Film,
München / Project Filmproduktion im Filmverlag der Autoren. - Pl: Isolde
Barth. -Kosten: ca. 700000 DM. - Drehzeit: 25 Tage / Juli-August 1978. -Drehort:
Frankfurt am Main. - U: 17.11. 1978, Frankfurt. - TV: 21.1. 1985 (ARD). - F:
35 mm, Farbe, Breitwand 1,66. - L: 3398 m= 124 min.
L'Année des treize lunes de R.W. Fassbinder
(In einem Jahr mit 13 Monden)
En allemand avec sous-titres anglais , 1978, 124 min, couleurs,
int : Volker Spengler, Ingrid Caven, Karl Scheydt.
Ce film déchirant (un hommage à Armin Meier, son ancien amant),
qui comprend de nombreux thèmes chers à Douglas Sirk, met à
nu les injustices qui affligent ce monde. Volker Spengler y joue le rôle
d'un transsexuel vulnérable qui, après avoir changé de
sexe pour son amoureux, passe en revue sa vie consacrée à la recherche
de l'amour. " Un film tout en contradictions, véhémence et
passion. " (Tony Rayns) " Un petit film tordu, sentimental et plein
d'invention (...) Un film triste, avec quelque chose de vif, de parodique qui
évoque les premiers films de Fassbinder qui ressemblaient souvent à
des fables brechtiennes. " (Serge Daney)
Francfort, en été 1978. Sur les bords du Main, une personne se fait rouer de coups - visiblement une femme qui s'était fait passer pour un homme auprès d'homosexuels. En piteux état physique et moral, Elvira retourne dans son appartement. Elle se dispute avec son ami, celui-ci fait sa valise. Sur la route, Elvira lui bloque le passage et se fait brutalement renverser. Une prostituée lui vient en aide et la conduit dans un hôtel.Elvira raconte l'histoire de sa vie: jadis, elle était un garçon, s'appelait Erwin et a grandi comme orphelin dans un monastère; plus tard, Erwin a travaillé comme boucher et épousa la fille du chef. Avec elle, il eut même une fille. Puis il rencontra Anton Saitz, un spéculateur dont il tomba amoureux; pour lui, il alla à Casablanca subir une opération pour changer de sexe. Il ne récolta que les rires d'Anton. Erwin, devenu Elvira, travaille dans un bar et se prostitue. Finalement, elle s'est mise en ménage avec Christophe, un acteur au chômage, qui vient de la quitter.Dans le monastère, Elvira recherche les traces de son passé; le lendemain, elle va chez Saitz. Dans le grenier d'un immeuble lui appartenant, un clochard se suicide. Puis elle arrive jusqu'à Saitz qui regarde des films de Jerry Lewis avec ses gardes du corps et finalement, accompagne Elvira dans l'appartement de celle-ci. Là se trouve aussi la prostituée qui avait secouru Elvira; Saitz lui fait des avances, Elvira se réfugie chez son ancienne famille. Mais pas d'aide non plus de ce côté, pas plus que de la part de l'écrivain qui semblait s'intéresser à son destin. Quelques heures plus tard, Elvira est retrouvée morte dans son appartement. (InterNationes)
De tous les films de Fassbinder, IN EINEM JAHR MIT 13 MONDEN (L'Année
des treize lunes) est le plus sombre, le plus sceptique, mais aussi le plus
personnel. Dans aucune autre de ses oeuvres, Fassbinder n'a pris lui-même
en main autant de fonctions artistiques, allant jusqu'à la prise de vues
et les décors. Pourtant, cette production à budget réduit
(700 000 DM) succédait à DIE EHE DER MARIA BRAUN (Le Mariage de
Maria Braun), donc au plus grand succès international du réalisateur.
C'est un aspect caractéristique de Fassbinder, de n'avoir pas essayé
de renouer directement avec le succès (ce qu'il n'a fait que trois ans
plus tard avec LOLA), mais d'avoir osé un pas dans une nouvelle direction.Il
est très probable qu'il y ait eu aussi une raison personnelle pour le
tournage de IN EINEM JAHR MIT 13 MONDEN, ce qui expliquerait aussi les accents
parfois désespérés émanant discrètement du
film: quelques mois auparavant, Armin Meier, l'ami de Fassbinder, qui avait
joué dans quelques-uns de ses films, s'était suicidé. Le
titre du film est déjà une allusion à cette tragédie
personnelle: {= L'année lunaire revient tous les sept ans. Surtout les
êtres hypersensibles souffrent particulièrement de dépressions
ces années-là, une chose qui est aussi valable, à un degré
moindre certes, pour les années comptant treize nouvelles lunes. Quand
une anne lunaire a aussi 13 nouvelles lunes, il arrive souvent des catastrophes
personnelles" (Fassbinder). 1978 fut une de ces années-là.Dans
le film lui-même, il n'est plus fait mention de ces interprétations
astrologiques. IN EINEM JAHR MIT 13 MONDEN est aussi bien plus qu'une tragédie
homosexuelle personnelle, bien que Fassbinder ait essayé par là
d'assimiler une partie d'une expérience qu'il avait lui-même vécue.
Cette oeuvre troublante, un film d'avant-garde par les moyens utilisés,
traite plutôt des forces destructrices qu'exercent certaines conditions
de vie sur les individus et les relations qu'ils ont entre eux, pour peu qu'ils
soient assez sensibles et vulnérables."Le film joue à Francfort,
une ville dont la structure spéficifique est prédestinée
à produire des biographies du genre de celle présentée
dans le film, en tout cas, elles n'y sont pas exceptionelles. Francfort n'est
pas un lieu de douce mesure, de l'équilibre entre les oppositions, elle
n'est ni paisible, ni à la mode, ni gentille, Francfort est une ville
où à tous les coins de rue on peut voir les contrastes habituels
de notre société, ils sautent même aux yeux, ces contrastes
que partout ailleurs on essaie non sans succès de masquer." (Fassbinder)IN
EINEM JAHR MIT 13 MONDEN est pourtant moins un film analytique qu'une complainte
personnelle. La ville de Francfort semble ici presqu'être l'enfer urbain
apocalyptique, marqué par les grands immeubles, les bistros et les salles
de jeux. Si Elvira cherche en vain la chaleur humaine, ce n'est pas dû
à la méchanceté couvant dans les êtres, mais au fait
qu'ils sont eux-mêmes trop brisés pour apporter encore une aide.
Après ce film, Fassbinder a quitté Francfort et s'est installé
à Berlin.
(Hans Günther Pflaum)
" H Manifeste" de Christophe d'HALLIVILLEE et Franck LAROZE
Franck Laroze est poète, performeur, dramaturge, essayiste et critique.
Son travail textuel interdisciplinaire croise les enjeux biopolitiques du monde
contemporain et ceux des nouvelles technologies appliquées au spectacle
vivant (spectacles / interventions & conférences sur les nouvelles
textualités & technologies). Ses créations portent toutes
l'empreinte d'un style immédiatement reconnaissable, mêlant politique
& poétique, bousculant les champs traditionnels de la littérature
& du théâtre.
Cofondateur avec Georges Gagneré de la Cie Incidents Mémorables
avec laquelle il a créé :
Huntsville, la honte du monde (Théâtre Molière - Maison
de la Poésie de Paris, 1999)
Nuits Inter-Dites/Impuretés (Flèche d'Or, Paris, 2000)
H Manifeste[s] cab@ret politique (TnDB/Centre dramatique national Dijon-Bourgogne,
2000)
[ éleKtropoétiK ] (Centre Pompidou, CICV, 2000)
Huntsville, l'Ordre du monde [ version #2 ](Théâtre Gérard
Philipe de Saint-Denis / Centre dramatique national, 2001)
Huntsville, l'Ordre du monde [ version #3 ] (Festival d'Avignon off, 2004)
Cofondateur (avec Chloé Delaume & Mehdi Belhaj Kacem) & directeur d'EvidenZ (revue & arts numériques) : lectures/interventions/projections/performances à l'Hôtel de Sully/Monum (2001), galerie éof, Centre Georges Pompidou, Palais de Tokyo, La Maroquinerie, Université d'Arras, etc. (2002).
Il collabore avec des artistes de la scène numérique et a conçu & réalisé ou interprété des performances vidéopoétiques dont Les Cosmologiques dans le cadre d'[ éleKtropoétiK ] (Centre Pompidou, CICV, 2000), et Des unis vers, un vidéopoème de 38 mn avec des images & effets spéciaux d'Agnès Desnos et musique de Cédric Pigot (publication du texte/scénario dans n° 9/10 de la revue Incidences, DVD à paraître), présenté au TGP/CDN de Saint-Denis en octobre 2001, à la galerie éof en février 2002 [soirée EvidenZ], au Centre du Noroît [festival Terminal XperienZ, Arras] en février 2003, à la Comédie du Livre de Montpellier [panoplie.org, 2003].
Avec le vidéaste & philosophe Philippe Boisnard, il a conçu le PoetiK PolitiK Koncept, performance collective de poésie numérique évolutive au gré de l'actualité nationale & internationale, où textes-sons-images s'interpénètrent sur un mode ludique.
Participations aux revues Aube Magazine, L'Acte de choix positif, Calamar, Edelweiss (Suisse), Théâtre/Public, Spectre, articles dans Libération (rubrique Rebonds), et présent dans plusieurs anthologies (Editions Autrement, Bérénice, Jean-Pierre Huguet).
Boursier du Ministère de la Culture et de la Communication (aides d'encouragement & à la création de la DMDTS, 2000), aide à la publication de la Fondation Beaumarchais (2001) et lauréat de la Fondation Ledig-Rowohlt (Suisse, 2003), ses textes & spectacles sur la peine de mort aux USA lui ont valu d'y être déclaré personna non grata.
H manifeste est le reflet de cette société ou les uns et les autres dans une normalité assourdissante communiquent par des moyens virtuel tout en dérapant dans la non norme. Sorte de monstre incontrôlé la toile se tisse et enserre les faibles ou les paumés qui du coup sorte de cette normalité sociétale, pour plongé dans le paradoxe et l'innaturel. Frank Laroze est aussi édité au éditions du Laquais (éditeur local)
Un site comme outil complémentaire dun spectacle de théâtre
? Cest le pari que nous nous sommes fixés et que nous voudrions
vous faire partager. À lheure où les positionnements stratégiques
sont de règle, nous nous sommes postés pour débusquer les
sirènes silencieuses annonciatrices des bouleversements de la planète.
Parmi les forces à l'uvre, nous avons découvert, oh surprise,
un «parti capitaliste» et sa fiancée industrieuse des médias.
H Manifeste[s] leur rend «hommage» sous la forme d'un cabaret politique,
dérisoire et nécessairement vain
Ainsi, le spectacle aborde
de front la question de lusage des nouvelles technologies dans une société
qui bascule dans un libéralisme outrancier. Faut-il pour autant repousser
les outils formidables qui sont à portée de notre main ? Pour
entamer un dialogue, nous vous présentons diverses facettes du spectacle
en cours de création. Vous trouverez dans la rubrique SPECTACLE létymologie
du titre, le texte du montage, un cybermanifeste, et des paroles de membres
de léquipe artistique. Nous avons pris le risque douvrir
lintimité des REPETITIONS et nous vous donnons la possibilité
dintervenir dans le processus de création. Cest lobjet
du FORUM, qui prolonge la réflexion inscrite au cur du spectacle
sur les possibilités dinteractivité qui soffrent au
citoyen-spectateur/spectateur-citoyen du monde. Nous vous proposons aussi une
SITOGRAPHIE, chemin de navigation sur le web qui balise un état des forces
en présence et des RENCONTRES pour prolonger ce dialogue. Ce site est
votre site. Et nous espérons bien provoquer votre curiosité et
vous rencontrer en chair et os au moment des représentations.
http://www.incidentsmemorables.org/hmanifestes/
La révolution du XXIe siècle est en marche : celle de l'électronique,
productrice d'images et de sons jusqu'alors impensables, d'un champ de communication
pratiquement illimité, difficilement maîtrisable. Une révolution
qui va modifier, qui modifie déjà les comportements, les relations,
les façons de se penser, de penser le monde. Effrayant ou dérisoire
? Les deux sans doute. Rien ne sert de nier ce qui existe. Mieux vaut considérer
le phénomène en souriant. N'est-ce pas le propre de l'homme ?
Aujourd'hui, avec la compagnie Incidents Mémorables, Georges Gagneré et Franck Laroze pointent les désarrois d'une génération, la leur, embarquée dans le mouvement effréné de cette révolution, ce " cyber capitalisme " qu'ils affrontent avec ses propres mots détournés à la manière des situationnistes, ses propres sons dénaturés, distordus, transpercés, en un jeu dialectique, par d'autres sons venus d'ailleurs.
Dans un monde investi par ces musiques, où la technologie tisse sa toile imparable, trois personnages s'ébattent et se débattent, saisis en direct par toutes les formes d'images électroniques existantes. Mêlées également à celles, décalées dans le temps, d'une vidéo déjà tournée, montée. Deux textes s'imbriquent l'un dans l'autre, se reflétant et se répondant pour mieux éclairer la part d'ombre de nos comportements. D'abord, devant sa télévision, une femme monologue, prend conscience de son manque de modèle, du vide qui l'entoure, de son échec. (Dans la neige électronique avec la machine qui vient, de Christophe d'Hallivillée). Puis une sorte de manifeste ravageur (Les Sourates libertaires de Franck Laroze) prend à bras le corps " les règles de cette mise en boucle du monde ", les tournant et retournant, leur faisant rendre gorge... Et invitant les spectateurs à poser des questions. Y aurait-t-il dans la salle, quelqu'un que cette révolution ne concernerait pas ?
" Oblomov " d'Ivan GONTCHAROV
Avec Oblomov (du russe " oblom ", " cassure ", ou "
oblomok ", " tesson ", " débris "), Ivan Alexandrovitch
Gontcharov (1812-1891), l'un des fondateurs du roman réaliste russe,
façonne un personnage mythique de la littérature et un caractère
connu de tous les écoliers depuis le début du siècle. A
l'opposé de l'Onéguine de Pouchkine ou du Petchorine de Lermontov,
Oblomov ne se bat pas, ne voyage pas, ne monte pas et ne séduit pas.
Son arme c'est la robe de chambre douillette. Ses péchés ? L'alcool
et surtout la gourmandise. Paru en 1859, deux ans avant que le tsar n'abolisse
le servage en Russie, Oblomov est un roman délicieusement moderne, nous
narrant avec humour la disparition des petits propriétaires terriens
dépassés par la nouvelle élite des hommes d'affaire.
Le personnage d'Oblomov est drôle et terrifiant. Cet homme qui n'a pas
quarante ans est un propriétaire terrien installé à Saint-Petersbourg,
loin de ses terres et des quelques centaines d'âmes qui lui appartiennent.
Son domaine va mal et il devrait se rendre dans son pays, en Oblomovska - le
pays de cocagne où les parents et les grands-parents du héros
coulaient des jours tranquilles et dont les habitants priaient Dieu pour que
le lendemain soit semblable aux jours passés... Son propriétaire
voudrait d'autre part qu'il déménage pour récupérer
son appartement et lui envoie de pressants courriers. Qu'importent les lettres
du propriétaire et les mauvaises nouvelles du domaine, il sera toujours
temps d'y répondre tantôt... Ou demain. Enveloppé dans sa
vieille robe de chambre, Oblomov ne quitte plus, sauf en rêve, son domicile
poussiéreux. Il passe, paisible et rêveur, du lit au fauteuil pour
retourner insensiblement au premier quand il se sent épuisé. L'agitation
le fatigue. Il vit chez lui en paix, au rythme des jours qui fuient, marqués
par son inactivité la plus totale qui le fait toujours tout ajourner.
Ilia Ilitch Oblomov a bien des visites ; ce sont la plupart du temps celles
de connaissances intéressées qui, si elles ne peuvent lui extorquer
quelques roubles, tentent d'obtenir de lui autre chose. Ses journées
sont surtout rythmées par les altercations qui l'opposent à son
vieux domestique, Zakhar. Comme son maître léthargique, le vieux
domestique n'est pas sans nous rappeler les caractères de La Bruyère.
Ne cessant de se plaindre et cherchant lui aussi à extorquer quelques
sous à Oblomov, il lui demeure tout de même dévoué.
"Zakhar aimait Oblomovka comme la chat son grenier, le cheval son écurie,
le chien sa niche où il est né, où il a grandi." Leurs
disputes excessivement drôles n'en finissent jamais tout à fait
et le maître ne congédie pas son domestique auquel il tient lui
aussi : " Si Ilia Ilitch ne savait ni se lever, ni se coucher, ni se peigner,
ni se chausser, ni déjeûner sans l'aide de Zakhar, Zakhar, lui,
ne pouvait imaginer un autre maître qu'Ilia Ilitch, ni une existence qu'il
ne passerait pas à l'habiller, à lui apporter à manger,
à lui dire des grossièretés, à lui mentir et à
ruser devant lui tout en le vénérant intérieurement. "
La souricière se referme sur le brave Oblomov qui n'écoute pas
les conseils de son médecin - qui le condamne à une mort rapide
s'il s'enferme dans son inactivité. Oblomov incarne une caste de propriétaire
terriens moribonds qui s'évanouit dans la Russie qui se modernise. Face
à lui, son ami Stolz qu'un père allemand rigoureux et une mère
russe douce et aimante ont su doter de l'énergie nécessaire pour
construire la Russie nouvelle, celle de l'industrialisation, des chemins de
fer et des banques. Stolz réussira bien à sortir Oblomov et à
lui faire rencontrer la sensible et instruite Olga Ilinsk, prête à
tout pour sauver Ilia Ilitch. Si l'amour naissant donne à Oblomov la
force de secouer son apathie, il retrouvera vite ses limites, entravé
par la nonchalance qu'il l'empêche de donner et de recevoir ce qui se
doit en amour. Oblomov abdiquera de nouveau, s'enfermant entre quatre murs jusqu'à
sa mort - une fin à l'image de sa vie.
La paresse légendaire d'Oblomov - l'oblomovisme (oblomovchtchina) ne
se trouve-t-il pas dans les dictionnaires de noms communs, désignant
la maladie du sommeil et de l'inaction ? - est aussi poignante que troublante.
Si l'on rit souvent à la lecture de ce roman satirique magnifiquement
écrit, l'on est fasciné par l'histoire de ce charmant paresseux
doublé d'un mystique qui s'ignore, par ce caractère léthargique
qui préfère à l'amour le retour au confort, encore engourdi
par une enfance trop protégée qui le rendit inapte à la
vie.
Ivan Gontcharov, Oblomov, traduit du russe par Luba Jurgensen, préface
de Jacques Catteau, éditions L'âge d'homme, 475 p.
Nikita Mikhalkov a adapté ce roman au cinéma, sous le titre de
Quelques Jours dans la vie d'Oblomov (1979)
Oblomov a été créé au théâtre Vidy Lausane par Dominique Pitoiset en 1994 sur une traduction d'André Markowicz. La différence de cet homme tient dans sa paresse. Mais est-il vraiment paresseux ou sont-ce les yeux des autres qui le voient paresseux?
Le procès d'Oscar Wilde, par Badinter
C.3.3, c'est le matricule d'Oscar Wilde lors de ses deux années passées
en prison à cause de son homosexualité. Robert Badinter a entrepris
de dénoncer sous la forme d'une pièce de théâtre,
l'injustice subie par Wilde. C'est comme un hommage rendu à l'écrivain.
Le résultat : un livre généreux, très documenté,
même s'il paraît parfois un peu didactique.
Le lecteur est pris dans cette toile d'araignée qui va détruire
Wilde. A posteriori, cette justice qui anéantit la vie d'un homme en
toute bonne conscience, sous couvert de lois puritaines et partiales, paraît
terriblement injuste. Ainsi des irrégularités, minutieusement
démontrées, entachent ce procès. Comme la non-condamnation
du jeune ami de Wilde, sa position sociale constituant une meilleure défense.
C.33 titille notre capacité d'indignation, c'est salutaire.
" La controverse de Valadolid " de JC CARRIERE
L'auteur
Jean-Claude Carrière, ancien élève de l'ENS Saint-Cloud,
qui se destinait à l'origine l'histoire, se tourne rapidement vers l'écriture
et le cinéma. Il a collaboré en particulier avec Buñuel,
Tati et d'autres cinéastes (scenarii du Charme discret de la bourgeoisie,
de Mon oncle, du Retour de Martin Guerre, de Milou en Mai, etc). En 1992, il
est écrit le scénario de La controverse de Valladolid, téléfilm
de Jean-Daniel Verhaeghe, qui reçoit un Sept d'Or et le prix Italia.
De ce scénario Carrière tire un "récit", qui
reprend les documents d'époque avec plus de latitude que ne le permettait
le cadre du téléfilm. Une pièce de théâtre
est également écrite sur cette base.
Le débat se termine sur la victoire de Las Casas : Sepúlveda doit
admettre que les Indiens ont une âme, mais cela ne résout pas le
problème de la main d'oeuvre nécessaire pour mettre en valeur
les nouvelles terres. On la trouvera donc parmi les populations noires d'Afrique...
Eminemment dans le sujet de la différence cette pièce fut, il
y a dix ans, l'objet d'une création télé fameuse.
Le projet 2005 s'il se réalise permettra à deux ou trois auteurs
l'écriture de textes courts sur l'illettrisme.
Le projets consistera en la commande d'une écriture de 2 ou 3 textes
sur la notion de différence d'accès à la vie de la société.
Ce projet pourra se faire en collaboration avec les associations qui sont impliquées
dans cette démarche de lutte contre une différence sourde et particulièrement
présente sur nos territoires. Différences par rapport aux origines
sociales ou géographiques des acteurs, mais aussi situations et comportements
propres à la différence d'accès à la connaissance
et au savoir.