Des interventions 2005 réussies
1.1 Quatre moments de lectures Serge Valletti auteur vivant
Lundi 7 novembre à 14h30
présentation vidéo de la pièce Domaine Ventre
(captation faite au Théâtre National de la Colline le 26 fev1993)
Présentation faite par Etienne CHARASSON de LECTURES & LECTEURS suivi d'un débat et exposé autour des métiers du théâtre et de la création d'une pièce de théâtre.
La pièce est comique et les moyens mis en œuvre pour sa réalisation sont simples mais extrêmement lourds. C'est l'occasion d'expliquer comment tout cela existe et de pénétrer dans un univers particulier celui de l'artistique et du technique et celui de la création où les parallèles avec le cinéma et la télévision sont marquants. C'est une première amorce du travail autour de cet auteur très connu désormais qu'est Serge Valletti.
lecture de la pièce Carton Plein par Gaël MACHO et Henry ROBERT de LECTURES & LECTEURS suivi par un débat sur le métier d'acteur et l'écriture contemporaine avec les acteurs et Etienne CHARASSON metteur en voix. Comment travaille un acteur et un auteur et comment il "fait passer le message" autour d'un texte comme Carton Plein? (autres thèmes abordés Le théâtre sans écriture- les pièces de Serge Valletti)
lecture de la pièce "Et puis, quand le jour s'est levé, je me suis endormi …" par Cécile MAGNET de LECTURES & LECTEURS suivi par un débat avec l'actrice et Etienne CHARASSON metteur en voix sur "la vie des comédiens". Comment ils travaillent, comment se passe leur vie et comment Serge Valletti a su être à la fois l'auteur et le comédien qui raconte ? La pièce est autobiographique. On aborde les misères et la truculence des créations de pièces de théâtre dans Paris des années 70. Un monde et un univers drôle et surprenant
intervention de Serge VALLETTI (voir dossier joint).
Pour son intervention de Serge Valletti lit une de ses dernières pièces inédites "Chahin Caha"
Choix de l'auteur Serge Valletti
Nous avons choisi de travailler autour de l'auteur Serge Valletti, ayant eu avec Alexandre Meunier le coordonnateur les arguments et les informations sur le choix qu'il fallait faire. Le travail en cours pour la saison 2005 autour de l'altérité pouvait convenir mais il nous a semblé qu'aborder le thème de la lecture de théâtre par un auteur, acteur poète frisant avec la comédie, le théâtre dans le théâtre et donnant une image du monde à la fois grave et pleine d'humour serait plus judicieux.
Valletti dressent des histoires sans queue ni tête, il brouille les pistes mais revient toujours à son sujet le théâtre la dramaturgie, le texte et les personnages.
Choix des pièces
Nous avons donc établi le programme suivant :
Une séance autour du thème générique du théâtre, ses métiers, son organisation, le plaisir du spectacle, les acteurs, les techniciens, l'auteur, le metteur en scène le théâtre la salle et les moyens techniques. Nous avons illustré cette séance avec la pièce DOMAINE VENTRE qui a été créée au Théâtre Nationale de la Colline en 1992, mise en par Jacques Nichet (voir Création en annexe) et visionnée à l'aide d'une captation sur cassette vidéo faites le 27 janvier 1993.
Après le visionnage une discussion pouvait assurer un débat entre les participants et l'association sur le théâtre dans la vie de la cité.
Une séance de lecture avec la lecture de CARTON PLEIN . Le thème abordé sur cette séance était sur les personnages, et le métier, l'art d'être lecteur. Comment un auteur envisage ses personnages et comment il les anime et leur fait faire ses caprices, ses volontés et ses phantasmes. Comment le comédien restitue cet univers et comment le metteur en voix apprivoise le texte le comédien et les personnages pour les rendre crédibles !
C'est avec la pièce ET PUIS QUAND LE JOUR s'EST LEVE JE ME SUIS ENDORMIE que nous avons abordé la vie d'un acteur la vie d'un auteur. La pièce est auto biographique et les personnages qui y sont décrits, sont des gens qui existent et a qui il est arrivé ces anecdotes ou ces histoires tous les gens du milieu du théâtre ont connu ce type de situations dans les années 70 80. Là encore l'auteur a brouillé les pistes, l'acteur est une actrice et ce roman qui fut adapté au théâtre par Michel Dydim est un acte d'amour du métier un pur moment de plaisir, d'humour et de réflexion sur la vie d'une artiste, parfois seul, parfois accompagné, mais jamais perdu et qui va au bout de son envie de sa chance, et aussi droit dans le mur.
Serge Valletti nous à fait l'honneur de lire CAHIN CAHA sa dernière écriture qui a été lue en juillet à Nîmes et retransmis sur France CULTURE le 10 octobre denier. En dehors de ces deux séances ce texte inédit lu sur un cahier manuscrit et composé n'a jamais été lu, ni publié. Cette séance permettait d'illustrer le métier d'auteur d'artiste interprète et artiste. Serge Valletti nous a décrit sa façon d'écrire, ce qui l'inspire pour qui et comment. Nous touchons là au thème du théâtre : Comment s'écrit-il? Comment se lit-il? Comment se produit-il ? Et pour qui?
A chaque séance le débat proposé permettait d'acquérir les codes de cet art, et l'attention particulière qu'il faut pour comprendre et se laisser emporter. Sur 55 détenus une quinzaine a suivi au moins une séance et un noyau de 5 personnes a tout vu et tout entendu..
Projection de la pièce
Mise en scène de Jacques NICHET, avec Aude Brilant, Mouss, Eric Doye, Christian Heck, Grahama Valebtine, Robert Lucibello, Marius Yéllolo, Jacques Echantillon, François Toumarkine, Olivier Bonnefoy, Michel Baudinat
Présentation d'Etienne CHARASSON
captation faite au Théâtre National de la Colline le 26 fev1993
En plein été l990,je me suis trouvé, par hasard dans la maison d'un scénariste américain,
Ben Barzman, dans le midi de la France. Je ne comptais absolument pas écrire quoi que ce
soit, d'ailleurs je n'avais rien amené pour travailler, ni papier, ni stylo, pas de machine et pas d'idée. Je croyais. Or il se trouvait que dans cet endroit il y avait un bureau avec une machine et des feuilles de papier. Et cette pièce où était le bureau avait une particularité : elle se trouvait au-dessus d'une rue en pente, c'est-à-dire qu'en fait c'était un pont, fermé, les voitures passaient en dessous, dans cette rue étroite et lorsqu'on était assis à ce bureau on avait la vision de cette côte qui descendait vers la machine à écrire, une rue bordée par de hauts murs et en haut de la côte, des portails avec des gens qui passaient, une espèce de village, un homme qui promenait son chien, une femme qui rentrait du marché. Ils s'arrêtaient, parlaient, s'entretenaient de tas de choses que je n'entendais pas, derrière la vitre et si loin ..
Alors j'ai commencé à écrire ce que je m'imaginais que les gens se disaient, des dialogues, ils cherchaient quelque chose, quoi ? La même chose que moi, une intrigue, un fil, une histoire, de préférence celle dans laquelle ils se trouvaient, et c'était parti. Le mélange du midi de la France et du scénariste américain je I'avais déjà connu une fois avec mon père qui écrivait des romans policiers à Marseille sous le nom de Clarence Weff. Immigré italien qui sur le chemin d'Hollywood reste, s'arrête à Marseille. Quand j'ai commencé à écrire cette pièce je me suis aperçu que le paysage que j'avais sous les yeux devant ce bureau était celui que j'avais dans mes rêves d'enfance, quand je courais dans les rues de Marseille, la nuit en dormant, sous un soleil de plomb, ces innombrables ruelles, surtout ces différents niveaux que I'on retrouve plus spécialement dans le quartier du Roucas Blanc, avec des ponts qui passent au-dessus de murs, les portes, les fenêtres, les terrasses, les escaliers, je les parcourais toutes les nuits dans mes rêves, pour aller à la mer, il suffisait que je pousse une porte pour me retrouver dans un égout qui en le longeant m'amenait au bord de la mer près d'une crique bordée par des grottes qui conduisaient à des villas dont il fallait traverser les jardins, les bassins à poissons rouges, les talus, les sentiers, les terrains vagues, qui jouxtaient des murets possédant des portails qui donnaient accès à des escaliers qui menaient à d'autres maisons, dans lesquelles en suivant des couloirs on tombait sur d'autres escaliers débouchant dans des coulisses de théâtre en étage où je me retrouvais sur scène au moment où le rideau se levait avec des acteurs déguisés et des gens dans la salle qui me regardaient et tous attendaient que j'ouvre la bouche pour dire mon texte, mais je ne savais pas quoi, alors il me semble qu'à ce moment là quelque chose me sauvait toujours, un mélange de comique de la situation dans laquelle je me trouvais et de catastrophe dans le genre : Décor qui s'effondre, cintres qui dégringolent, explosion, incendie, ou bien même parfois réveil. Et la porte qui donnait sur ces rêves je la situe exactement au milieu du Domaine Ventre qui est une rue de Marseille, une sorte de traboule lyonnaise, qui donne sur des cours des immeubles, en plein centre-ville. Cette pièce se passe donc au cœur même du Domaine Ventre.
Cher public,
Je vous rassure tout de suite, la pièce que nous allons jouer ce soir est insaisissable. Aussi insaisissable que ce vers de Racine : Hippolyte étendu, sans forme et sans couleur. Amusez-vous à I'illustrer cet alexandrin... vous venez bien. La situation, au début, est très simple : on a raté le début et on court sans cesse après lui, sans savoir que c'est déjà le début de la fin. Au fur et à mesure qu'on progresse, se dérobe le motif de la pièce. Si bien que très vite, on court sans motif. Alors on s'arrête, on regarde les autres aussi courir, sans motif non plus. Est-ce pour cela qu'on va au théâtre ? "Qu'est-ce que j'ai devant mes yeux ? Des personnes, des acteurs, qui parlent, gesticulent, disent des paroles. Pour quoi ?" On dit parfois que les acteurs portent la pièce. J'ai plutôt envie de dire qu'ils sont à eux seuls des "pièces rapportées", des corps étrangers, de singulières solitudes, aussi insaisissables que n'importe quel mortel. Tout le monde ressemble à tout le monde et pourtant, c'est étonnant, chacun reste, grosso modo, unique. Domaine Ventre prend les apparences d'un roman policier (comme en écrivait le père de Valletti) mais c'est peut-être, tout simplement, un mystère. Le mystère de ceux qui cherchent à saisir I'insaisissable. Ce qu'on appelle parfois la vie et qui va s'éparpillant sous nos pas en miettes et en cendres.
Jacques Nichet
CARTON PLEIN
Lecture de la Pièce de Serge Valletti par
Gaël Macho et Henry Robert
A 'image de tout le théâtre de Valletti, Carton plein est une pièce écrite pour des acteurs qui ont du tempérament, de la trempe.
Car c'est dans la pâte humaine qu'il faut puiser pour servir l'œuvre.
Ecriture précise, incisive, ponctuée, économe même, et qui offre à l'interprétation la part belle.
Avec cette parcelle de mystère, d'opacité parfois qui force à aller fouiller au plus profond l'âme des êtres qu'elle met en jeu.
Nathanaël et Nicolas partagent, outre un endroit pour vivre, une même détermination.
Ils affirment. Et affirment toujours, au point que cela devient épuisant. Affirmer et ne pas céder, c'est pour eux la seule façon d'exister ; pour soi et vis-à-vis de l'autre.
La peur du silence les hante aussi... Ce silence qui soudain s'installe, ouvrant sur l'inconnu ou qui pourrait, qui sait, révéler des choses apparemment inavouables... Aussi il faut parler ou agir.
Alors ici ça creuse et ça répare, tandis que là, ça fait des plans sur la comète.
Voilà qui nous promet quelques moments de haute tension... et de rire évidemment !
Prenez deux types qui partagent un même endroit pour vivre. Suivez-les pendant une journée. Ecoutez-les tchatcher, comme on dit chez eux, à propos de tout et de rien. Vous verrez bientôt que ces échanges de banalités cachent des conflits intérieurs plus profonds et, qui sait, des projets... inavouables. Mais qui sont-ils ces deux-là ? Et que font-ils ensemble ? Mystère... Et c'est bien ce qui nous captive !

Il y avait deux hommes installés dans leur univers, deux hommes étranges et pleins de couleurs, mais des couleurs qui n'en finissaient pas de déteindre. Et c'était là d'ailleurs (pour moi) l'histoire de ces personnages : enfermés, peureux, fous peut être, et dont la conversation se borne à tourner autour des pots brisés (ou des fuites d'eau à boucher), ils n'osent pas sortir, ils s'embourbent dans leur monde de plastique et d'eau verte, ils s'inventent parfois des histoires pour briser la monotonie, mais ils s'empêchent l'un l'autre, ils se stérilisent, et ils ne meurent même pas.
J'ai commencé à comprendre vers la fin, où soudain une idée prend les personnages, une idée diabolique : l'un des deux prend le téléphone, s'engouffre à l'extérieur de son monde et manipule le mensonge avec une aisance incroyable, des mots choisis, un ton de milord, il fait croire à une dame qu'elle a été choisie pour un premier rôle à sept millions de dollars dans un film à succès. Mais il lui dit aussi (hélas pour lui), que le rendez -vous est onze heures et demi du soir au carrefour des pendus... Et lui il continue d'y croire. J'ai été touché par les couleurs et l'ambiance, que je trouvais toute en plastique sale, mais au bout du compte je n'ai pas saisi l'histoire et ce qu'elle pouvait m'apporter : je ne pouvais plus supporter que ces personnages ne s'en sortent pas, qu'ils soient toujours perdants, et je ne supportais pas d'en sourire. Je suis sorti amusé, presque désespéré.
Romain BLANCHARD
Deux joyeux petits bonshommes au milieu de nulle part. En dehors de la société, mais bel et bien vivants, bon-vivants comme deux petits garçons, spontanés, susceptibles et attachants. Ils ont, ils cultivent, ils se laissent embobiner par leur propre logique. Logique un peu absurde, un peu très absurde. La répétition des questions, des mots, des "Vouais!"... Cette répétition qui mène au rire. Un dialogue de sourds qui, à force de dire n'importe quoi n'importe quand, finit par les faire se mentir à eux-mêmes. Ils n'ont aucun contact avec l'extérieur, cloîtrés, emballés, emportés dans les abîmes d'une folie grandissante. Ils se fâchent pour un oui, pour un non, mais ne tiennent pas la rancoeur et craquent avec de larges sourires, touchants. Ils ne peuvent pas jouer aux méchants... leur mémoire est trop courte pour cela. Ca réchauffe de voir une telle innocence mêlée d'une sagesse quelque peu maladroite, mais si rigolote.
Caroline FLAUSS In Passion Théâtre
Henry Robert
Lecteur amateur, ce fidèle de l'association Lectures&Lecteurs nous a démontré son talent au cours des lectures qu'il organise autour d'auteurs contemporains.
Passionné, engagé, généreux, Henry a cette voix de lecteur qui apporte un souffle complémentaire à nos moments de lecture.
Gaël Macho
Comédien lotois qui trace son chemin entre le théâtre de rue et le conte Gaël Macho est certainement le talent le plus reconnu de cette génération
Lecture de la Pièce de Serge Valletti par
Cécile Magnet
Comme toujours, Valletti parle de théâtre. Car il ne parle que de ça. Ça fait trente ans que le théâtre le fait parler. Le théâtre est au fond le seul acteur du théâtre de Valletti. Cette fois-ci, c'est même un roman, une large fresque historique qui relate trente ans... de théâtre. Mais comme c'est du théâtre, Valletti passe la parole à un autre, à une autre -travestissement oblige. C'est l'histoire d'une femme qui arrive à Paris pour faire du théâtre. A la fois banal et abracadabrantesque. Avec l'humour et la cruauté de celui qui ne s'en laisse pas compter, Valletti redessine le paysage théâtral des années 70, sans sobriété aucune et sans jamais faire l'économie de l'imagerie kitsch qui l'accompagne rétroactivement, l'expérimentation, le théâtre hors les murs, l'hégémonie grandissante de la mise en scène, le plaisir des corps qui se libèrent, la névrose collective qui gangrène, les voyages, les espoirs, les ratages, les amours, l'Algérie, et puis la maladie qui fait mourir d'amour. Et par dessus tout l'amour du plateau.
Pour dire ce texte, Michel Didym a eu le belle idée de convier Christiane Cohendy. Dans un décor d'hôtel faussement luxueux et triste à mourir, elle répond, par son jeu, à toutes les facettes du théâtre que fait briller le texte. D'une seconde à l'autre, gouailleuse, cérébrale, tendre, froide, vulgaire, généreuse, bourgeoise, populaire. Rarement une actrice aura donné à voir tant de couleurs sur une même scène. Rarement le théâtre ne se sera raconté aussi magistralement que dans la présence de cette actrice. Du Valletti à elle toute seule.
Bruno TACKELS Publié le 02-10-2002