mardi 19 juin à 16 h 30
à la Faiencerie - 74 Grande Rue - La Tronche
Uniquement sur invitation, réservation indispensable au 06 12 90 49 06, ou par e-mail : molliere.rieussec@wanadoo.fr
Merci à Elisabeth Mathieu, directrice du Théâtre

Propos recueillis par Pierre Lecarme, mai 2007 :
Rencontre avec Claire Rieussec - comédienne et adaptatrice
Dés le début de notre rencontre dans ce café du centre ville, la comédienne répond de manière simple et directe à nos questions. Son regard est aussi bleu qu'attentif à capter toute notre attention. Il y a dans sa voix bien timbrée un mélange de gentillesse et de dureté. Dans sa manière de se tenir, on perçoit une détermination dans ses choix, éclairés d'éclats de rire francs. Comme pour nous dire que l'on peut faire ce métier d'artiste très sérieusement, mais qu'il faut garder à travers tout cela un peu d'ironique légèreté.
Votre première rencontre avec le roman autofictionnel d'Amélie Nothomb ?
« J'avais beaucoup aimé son livre précédent L'hygiène de l'assassin , et j'ai donc tout de suite lu Métaphysique des tubes en 2000 lors de sa sortie. Je suis restée en arrêt devant les premières pages. J'ai beaucoup ri au ton d'Amélie Nothomb, avec surtout l'impression de lire des paroles que j'aurais bien aimé être capable d'inventer. Je retrouvais là de nombreuses questions que je me pose depuis longtemps. Très vite, m'est venue l'envie de mettre ce texte en bouche. »
Pouvez-vous nous dire deux mots sur cette histoire ?
« Amélie parle d'une fiction autobiographique. Elle reste très profondément marquée par l'Extrême-orient où elle est née – troisième après un frère et une sœur – et a passé son enfance. Dans les trente-cinq premières pages de ce livre, l'écrivain belge décrit le bébé qu'elle imagine avoir été : inerte, avec une passivité qu'elle associe à l'intemporelle plénitude du divin, ce qui lui permet d'affirmer qu'elle était Dieu ! Elle décrit ses deux premières années et demie comme une croissance végétative, mais en même temps comme une plénitude absolue. Ce n'est qu'un « tube ». C'est finalement sa grand-mère qui va lui permettre de naître vraiment. Elle utilisera pour cela le chocolat blanc : la découverte du plaisir lui donnera une personnalité. »
Qu'est-ce qui vous a poussé à mettre ce texte en spectacle ?
« Cette histoire est restée pendant cinq ans en gestation dans mon tiroir intime. Ce qui m'intéresse au-delà du récit, c'est ce point de vue poétique, cet humour d'Amélie Nothomb, cette idée que l'être humain évolue parce qu'il possède un MOI. Il fallait en faire quelque chose qui aille plus loin qu'une simple lecture du texte. Très vite j'ai contacté Marie Gaultier pour qu'elle me fasse travailler, pour qu'elle apporte un regard extérieur. Nous avons réfléchi chacune de notre côté avec nos deux sensibilités, nos univers différents. Il fallait nous retrouver sur des partis pris de mise en scène. Moi, j'ai très vite pensé à la danse Buto, quelque chose de très dépouillé, très physique, pour que le texte soit incarné, très expressionniste mais pas naturaliste, cru. Marie elle, travaille avec des objets, elle bidouille. Très vite nous sommes tombées d'accord sur le fait qu'elle soit elle aussi présente sur scène. Elle est Amélie, l'écrivain. Elle donne le sens, je ne suis que sa créature, elle me lance des phrases, m'envoie des objets. Elle titille sa créature. Nous sommes toutes les deux en interférences. »
Avez-vous rencontré la vraie Amélie ?
« Par correspondance, et elle a envoyé une de ses amies proches voir notre spectacle. Elle nous a accordé ses droits sans problème. Nous avons aussi découvert que ce roman avait été plusieurs fois adapté, mais plus sur les passages concernant l'enfance en s'adressant à un jeune public. Ce qui n'est pas notre choix, nous pensons que notre travail s'adresse à des adultes et à des grands adolescents bien préparés. Ce soutien de l'auteur est très encourageant pour nous, elle est restée admirative devant l'énergie déployée pour monter ce projet. Elle est à l'écoute de l'autre et aucunement narcissique. »
Avant de venir sur notre région présenter ce travail, vous avez déjà joué ce spectacle une dizaine de fois. Quels ont été les premiers retours ?
« Je voudrais d'abord souligner que si je travaille principalement à Angers et sa région, je suis Grenobloise d'origine et que j'y ai passé mon enfance et mes premiers pas d'adulte. Il y a donc une émotion particulière à venir jouer à La Tronche.
Une chose est certaine, avec sa forme intime, sa jauge d'une centaine de personnes, le choix d'un éclairage uniquement à la bougie, pas de bande son, pas d'artifice… cette pièce de théâtre touche à l'intime. Elle demande au spectateur de l'attention sur une durée relativement courte [un peu moins d'une heure]. Les gens sont souvent très émus par la force du sujet. Et l'on n'est surtout pas dans l'intellectuel. On retrouve cette idée de force extérieure, proche d'une conception très asiatique : le bonheur, c'est presque rien et c'est aussi le dépouillement. Ça peut choquer, irriter, susciter des interrogations… Ça questionne aussi sur la place du théâtre. »
Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre adaptation de ce texte d'Amélie Nothomb ?
« Si le propos a quelque chose de dérangeant, de provocateur, il amène dans tous les cas de belles discussions ! On sent aussi combien l'écrivain s'est amusé. C'est impertinent, insolent. C'est pour cela que nous voulons le servir par des choix esthétiques, avec sobriété. Nous voulons cette empathie avec le public, avec la proximité du regard et du physique. Ce texte nous dit aussi cette nécessité d'être écrivain ; Amélie Nothomb exprime ce choix, elle rend hommage à ce plaisir de l'écriture. Elle nous parle de la nécessité d'avoir une mémoire .